Source: Cogito'Z - Jeanne Siaud Facchin

Préambule :les troubles des apprentissages

Un trouble d'apprentissage est défini comme un un trouble spécifique et isolé dont les causes relèvent d'un dysfonctionnement cognitif à minima ou d'un retard dans l'organisation cognitive de la pensée. 

Les troubles d'apprentissages peuvent être limités à une fonction spécifique : le langage, la mémoire, l'attention, le calcul, les repères dans le temps et dans l'espace… ou étendus à plusieurs secteurs intellectuels.

On distingue également les troubles qui apparaissent chez des enfants dont l'intelligence est normale ou supérieure et les troubles qui proviennent d'un retard global du développement cognitif.

Et, évidemment et pratiquement toujours, il existe une intrication étroite entre troubles des apprentissages et souffrance psychologique. Un trouble d'apprentissage perturbe lourdement l'adaptation de l'enfant à son environnement et crée au sein de la famille de très nombreux et douloureux conflits. 

Les principaux troubles des apprentissages sont :

  • La Dyslexie : Ce trouble développemental perturbe l'acquisition de langage écrit chez les enfants par ailleurs intelligents et ne présentant ni trouble sensoriel, ni trouble psychologique, ni carence socioculturelle grave. La dyslexie peut être de plusieurs types selon les fonctions cognitives touchées en jeu dans la lecture: dyslexie phonologique, dyslexie de surface, ... Fréquemment, la dyslexie peut être associée à d'autres troubles des apprentissages tels que la dysorthographie.
  • La Dyspraxie : Ce trouble psychomoteur affecte tout ce qui est geste volontaire et qui doit être organisé en séquences. Un enfant dyspraxique tombe souvent, se cogne, fait tout tomber autour de lui, donne des coups involontaires aux autres. Dans les jeux de cubes, les puzzles, les jeux d'assemblage, l'enfant est perdu. L'enfant dessine peu et mal. Il dépasse systématiquement dans les coloriages. A l'école l'acquisition de l'écriture est laborieuse, le geste graphique est crispé, l'enfant forme mal ses lettres, écrit successivement trop petit ou trop gros, n'arrive pas à rester sur les lignes, … Les devoirs sont brouillons, mal présentés, sales, … L'enfant souvent brillant à l'oral est considéré comme fainéant, paresseux, incapable de fournir le moindre effort alors qu'il se passe exactement le contraire. 
  • La Dysphasie : Ce trouble développemental durable touche l'acquisition et l'utilisation du langage oral. Il existe cinq grands types de dysphasies dont les manifestations sont très hétérogènes. Dans  tous les cas, la communication verbale est altérée chez ces enfants  par ailleurs intelligents et adaptés sur le plan de la personnalité.
  • La Dyscalculie : Ce trouble affecte tout ce qui a un lien avec le nombre, le chiffre, la logique mathématique, le calcul. L'enfant n'acquiert pas la notion du nombre, ne comprend pas les systèmes numériques, ignore tout de la logique arithmétique. 
  • Le Trouble du Déficit d'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H) : Ce trouble se manifeste par une impulsivité cognitive et comportementale associée à une atteinte importante des capacités d'attention. L’hyperactivité (agitation motrice constante) peut être ou non un symptôme associé. L'enfant est incapable d’inhiber les distracteurs qui perturbent sa concentration. Il est extrêmement distractible et fatigable. L’impulsivité l’amène systématiquement à répondre sans réfléchir et il ne peut se concentrer longtemps sur son travail. Les erreurs d'étourderie sont très fréquentes, le travail est bâclé, rarement fini, les consignes sont peu respectées, le manque de persévérance est inquiétant, … 
  • Les Retards du Raisonnement ou Dysharmonies Cognitives : Il s'agit d'enfants à l'intelligence normale, mais dont le développement des structures de pensée est en retard par rapport à l'âge ou encore s'est développé de façon dysharmonique (Dysharmonie Cognitive). Certaines fonctions cognitives ne se sont pas structurées alors que d'autres ont suivi le cours normal de leur maturation. La dysharmonie crée des décalages importants dans le fonctionnement intellectuel : dans certaines situations l'enfant ne montre aucune difficulté, dans d'autres l'échec est soudain et inattendu. Ce trouble est très déroutant pour l'enfant lui-même, mais aussi pour les parents et les enseignants. 

Les vulnérabilités psycho-affectives

Dans d'autres cas encore, le potentiel d'apprentissage est intact, mais impossible d’accès, en partie bloqué ou complètement inhibé soit par un trouble d'apprentissage spécifique, soit par une difficulté psychologique. C'est la facette de l'échec scolaire sur le versant psychologique.

  • Le trouble de l’estime de soi : L’estime de soi est le socle psychique essentiel sur lequel l’enfant va construire un sentiment de compétence face aux sollicitations de son environnement. L’enfant présentant un trouble de l’estime de soi vit dans des pensées négatives sur lui-même quotidiennement. Il est convaincu de son incapacité à réussir et est d’emblée convaincu que quoi qu’il fasse, il n’y arrivera pas. Ce trouble est source d’une grande souffrance psychologique et l’enfant va très fréquemment mettre en place des stratégies d’évitement, de fuite : L’enfant n’essaie même pas, car il est persuadé de ne pas y arriver. 
  • Le trouble anxieux : L’anxiété signe un état de tension interne, de malaise, d’attente inquiète d’un danger qui menace notre équilibre et pour lequel nous pensons ne pas avoir les moyens de réagir. L’anxiété peut avoir une cause réelle (l’approche d’un examen par exemple) ou inconnue, et elle peut devenir envahissante. L’enfant présentant un trouble anxieux souffre d’un niveau d’anxiété qui entrave son équilibre psychologique ce qui va bloquer son système cognitif. Notamment, l’anxiété sature ses possibilités de mémorisation ou/et de restitution de ses connaissances et fragilise ses ressources attentionnelles en créant des problèmes de concentration. Pour apaiser cette anxiété, l’enfant va développer des stratégies plus ou moins adaptées à son évolution (évitement-fuite des situations anxiogènes, comportements addictifs, opposition-provocation…)
  • Le trouble dépressif : Développemental, réactionnel ou chronique, le trouble dépressif chez l’enfant et l’adolescent est particulièrement polymorphe, c’est-à-dire qu’il peut prendre des formes bien différentes selon chacun. L’enfant peut apparaître très apathique, avec une humeur triste et une importante réduction de ses champs de loisirs et de plaisirs. Mais le trouble dépressif peut également entraîner une forte excitation chez l’enfant, une agitation, une instabilité psychomotrice, voire des réactions d’opposition, de provocation, des troubles du sommeil ou alimentaire. Quels que soient leurs modes d’extériorisation les affects dépressifs chez l’enfant et l’adolescent ont par ailleurs des conséquences communes sur le fonctionnement cognitif et l’apprentissage : ralentissement de la pensée, fatigabilité et trouble attentionnel, l’enfant peine à mobiliser toutes ses ressources et ne peut réfléchir qu’en surface ce qui entraîne souvent un travail peu approfondi et bâclé.
  • Les troubles dysharmoniques de la personnalité : La combinaison et la diversité de ce type de troubles sont considérables et peuvent s'articuler dans les tableaux cliniques variés dans le contexte de troubles du développement. Ces troubles fragilisent la structure de personnalité de l’enfant, ce qui va affecter son adaptation, sa communication, sa socialisation et son ajustement à l’environnement. L’angoisse y est au premier plan et perturbe l’enfant dans son rapport à la réalité qui l’entoure. L’enfant vit des moments de ruptures attentionnelles qui restent incompréhensibles et souvent hermétiques pour son entourage.
  • Les troubles du spectre autistique : La compréhension des troubles autistiques est en constante évolution. L’autisme est un trouble du développement d’origine génétique qui peut avoir des incidences légères ou plus invalidantes dans la vie et l’épanouissement cognitif, psychoaffectif et social de l’enfant. 

L’autisme de haut niveau (encore appelé Asperger) combine des compétences cognitives intactes ou élevées à certaines fragilités psychologiques et en particulier dans les interactions sociales. L’autisme de haut niveau peut être compatible à un parcours de vie satisfaisant. 

Les hypothèses diagnostiques chez un enfant et un adolescent en difficultés scolaires sont bien sûr plus complexes. De nombreuses autres difficultés peuvent être repérées. Nous en avons décrit les plus importants et les plus envahissants. De plus, certains troubles peuvent être associés, ce qui est fréquent. D'autres apparaissent de façons isolées.

Mais quelle que soit l’origine des difficultés, l’échec scolaire a des répercussions sur le développement psychologique global. Se sentir en difficulté ou en échec impacte considérablement l’estime de soi et le sentiment de compétence. L’enfant se sent de moins en moins capable de répondre aux sollicitations scolaires et se démotive…

… La motivation : Moteur de tout apprentissage, de tout désir de savoir et d'apprendre, n’est plus au rendez-vous. Sans motivation l'enfant le plus intelligent et le plus compétent n'arrive plus à se servir de son potentiel, de ses ressources, il n'a plus envie, … Tout un travail de remobilisation, de réanimation doit alors être rapidement entrepris au risque d'un péril scolaire et personnel lourd de conséquences.

Les apprentissages sont au centre de l'école, l'enfant est au centre de l'école, l'école est au centre de la vie de l'enfant. Un échec scolaire retentit sur toutes les sphères de sa personnalité, sur toute sa vie affective, sur tout son développement.

C'est un enjeu majeur dans la santé psychologique de l'enfant.