Les émotions: frein ou moteur?

source: Valérie BLAECKE - cabinet de sophrologie et de thérapies psycho-corporelles - Marseille

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Les émotions

 

 
Étymologie et signification
 

Le mot “émotion” vient de la racine latine e-movere qui signifie “mouvoir” et qui traduit la notion d’une mise en mouvement. Une émotion est une réaction psychophysiologique par rapport à des circonstances extérieures ou à des croyances.

 

La vie étant mouvement, cela suggère un moteur. Les émotions ainsi que le stress peuvent être simplement vus comme les moteur de notre existence.

 

L’émotion est donc cette mise en mouvement subjective sur un fait objectif. Elle appartient à chacun(e) et est propre au vécu de chacun(e), et non en lien direct avec un événement. Ainsi, chaque personne aura une attitude et une réaction émotionnelle différentes face à un même événement.

 

La cause de nos émotions ne vient donc pas directement des événements en eux-mêmes, mais de nous-mêmes et du sens que nous mettons derrière l’événement en lien avec notre histoire, nos conditionnements, nos filtres et notre vécu. Un même événement peut entraîner de la joie, de la tristesse, de la peur, de la jalousie, de la lassitude, de l’indifférence, de la colère, etc... selon le passé et le schéma constitutionnel de la personne qui le vit.

 

 

 

 

Qu’est ce qu’une émotion?
 

Derrière toute émotion se dissimule un besoin non satisfait:

  • La peur nous signale un danger et notre besoin d’être rassuré.

  • La colère nous en apprend sur nos valeurs non respectées et sur notre besoin de poser des limites, nous permettant ainsi de mieux nous positionner et nous respecter.

  • La tristesse nous informe d’un manque lié à une perte.

  • La jalousie nous alerte d’un sentiment d’insécurité et du besoin de renforcer notre confiance en nous-mêmes.

  • La joie nous signale la satisfaction de nos besoins et de l’énergie positive qui circule en nous avec fluidité.

Etc...

 

Or, si nous ne pouvons pas maîtriser les événements extérieurs, nous pouvons maîtriser et agir sur comment nous les vivons et sur l’impact qu’ils peuvent avoir sur nous.

 

C’est plutôt une bonne nouvelle; étant donné que la plupart des désordres émotionnels ont pour origine des expériences désagréables ou douloureuses vécues dans le passé, il est d’une importance capitale de prendre conscience de ce fonctionnement qui peut influer notre présent. Comme si celui-ci ne nous appartenait plus dans sa réalité objective mais était prisonnier d’impacts lointains, influençant encore nos ressentis et perceptions de notre environnement actuel.

 

L’émotion nous traverse alors, de plein fouet, comme une décharge émotionnelle inscrite dans notre système limbique lié à l’élaboration de notre attachement sécure. Or, notre cerveau possède des mécanismes d’auto-guérison au même titre que les mécanismes de cicatrisation ou d’élimination de substance nocives par notre système immunitaire. D’où l’intérêt de s’approprier les techniques proposées en sophrologie en lien avec la respiration, la visualisation, la verbalisation, l’accueil des phénomènes en toute bienveillance et sans jugement afin d’accueillir l’émotion désagréable, la reconnaître, et la traverser en conscience pour qu’elle ne soit ni déviée, ni refoulée par le mental, ni inscrite par le corps qui pourrait la somatiser de façon délétère.

 

Lorsqu’il s’agit d’émotions agréables, bien sûr nous pouvons penser que nous les laissons allègrement nous traverser afin de les inscrire en nous sans difficultés. Mais il est des personnes pour qui accueillir une émotion agréable n’est pas si simple. D’où l’intérêt de ce travail qui consiste à développer notre capacité à prendre conscience de chacune de nos émotions afin de percevoir le message qu’elles nous divulguent.

Chaque émotion est utile, même celles considérées comme désagréables. Il est important de ne pas les censurer mais de les légitimer, de les comprendre, de manière objective.

 

Ainsi, une émotion (qu’elle nous soit agréable ou désagréable) reconnue et définie, accueillie et entendue, va nous permettre de maîtriser l’impact qu’elle aura sur nous, que nous déciderons de permettre sur nous, et ainsi du comportement et de l’action qui en suivront.

 

 

 

 

L’émotion est ce qui nous attache à notre passé, à notre histoire et c’est elle qui organise et régit notre présent ainsi que notre futur. Nous avons le choix entre la subir, la refouler ou l’accueillir afin de la vivre, la légitimer, la (re)connaitre, la comprendre et la traverser pour se mettre dans un mouvement qui nous est favorable.

 

 

 

 

 

 

Frein ou moteur?
 

(Re)découvrir ses émotions, c’est un pas de plus vers un soi authentique, et lorsque nous nous autorisons à vivre chacune de nos émotions, nous n’avons plus à lutter, à nous montrer fort(e)s, c’est au-delà de cela, devenir puissant et confiant au cœur de nous-mêmes.

 

Lorsque nous savons que plus de 90% de nos comportements sont automatisés et échappent à notre conscience, nous pouvons comprendre l’intérêt de ce travail de prise de conscience et de connaissance de nos émotions.

 

Longtemps cantonnées au vestiaires, les émotions sortent maintenant du placard sur le plan sociétal. Souvent considérées comme un signe de faiblesse annihilant l’objectivité, elles peuvent faire aujourd’hui l’objet d’un moteur de nos actions, de par le fait qu’elles nous aident à nous adapter aux situations rencontrées, pour peu que nous sachions les reconnaître et entendre leurs messages véhiculés.

 

Car, que nous les exprimions ou non, notre comportement trahit nos émotions : une sorte de communication non verbale qui informe notre entourage de notre mode de fonctionnement. Ainsi, développer notre capacité d’adaptation au changement, nous permet de ne pas emmagasiner en nous des sensations désagréables avec des répercussions néfastes à long terme sur notre santé ainsi que sur nos relations avec notre entourage.

 

Attention toutefois: accueillir, vivre et légitimer ses émotions n’est pas synonyme de débordements incontrôlables avec autrui dès qu’une émotion désagréable pointe le bout de son nez, sachant que bien au contraire, c’est leur trop longues répressions qui engendrent ces débordements. Comme une cocotte-minute qui explose arrivée à saturation. A contrario, il ne s’agit pas non plus de contrôler, de maîtriser, dans le sens de brimer, nos émotions. Ceci entraînerait une posture figée et hermétique, propice aux freins dans notre évolution. L’intentionnalité est de simplement accueillir objectivement et sereinement chacune de nos émotions qui existent en lien avec ce qui résonne en nous. Et si nous nous mettons à l’écoute de nos émotions et que nous développons cette capacité à les reconnaître, c’est pour adapter donc nos comportements de façon adéquate pour soi et pour les personnes autour de nous. Ceci passant par le fait d’accepter ce que nous ne pouvons pas changer (pour reprendre le simple exemple pris par le directeur de mon école de formation: oui, nous vivons dans un monde dans lequel les pneus des voitures peuvent crever et où les trains ont des retards).

 

 

 

Nos émotions définissent donc ainsi nos moteurs et nos freins. Lorsque intervient cette prise de conscience de nos émotions,nous allons alors pouvoir appuyer “sur le bon bouton” afin de se mettre en action constructive et efficiente, pour soi et son environnement.

C’est un acte de confiance et de “lâcher-prise” que l’on peut faire encore plus aisément lorsque nous développons cette connaissance de nous-mêmes.

Je reprendrai ici un proverbe chinois qui dit: “Au lieu de maudire l’obscurité, allume donc ta lanterne”, par cette phrase énoncée par le Dr Michel Debelle:

“ Au lieu de maudire tes émotions et le stress, allume donc ta conscience.”

Et je conclus par cette citation du fondateur de la sophrologie, le neuro psychiatre Alfonso Caycedo: « seul est capable de lire et de défendre les valeurs de l’autre, celui qui sait lire et respecter les siennes ».